1 Caroline Daniel

Comme une foule d’autres enseignants toqués de théâtre, Caroline Daniel plonge chaque année sa classe de 3e, à l’Institut Notre-Dame d’Arlon, dans le bain de La scène aux ados. Pour elle, l’aventure constitue un « supplément vital », mais aussi une rencontre originale avec les compétences prévues au programme.

Illu Torches Zone txt NMarinx INDA Institut Notre Dame dArlon classe de Madeleine Renauld

La scène aux ados ne se joue pas que sur les planches. Séduite par la proposition de création sonore, Nathalie Marinx a mené ses élèves de 5e, au Centre Scolaire Sainte-Marie La Sagesse, à Schaerbeek, sur les sentiers d’une aventure où chacun a trouvé sa voix. Tendez l’oreille !

 

1 Pol Devriese

Passionné d’art sous toutes ses coutures, Pol De Vriese, 19 ans, étudie pour devenir instituteur. Avec ses futurs élèves, il compte bien utiliser les outils théâtraux qu’il a explorés en secondaire, à l’Institut Saints-Pierre-et-Paul de Florennes. Bienvenue à "La scène aux ados"... vue de l'intérieur!

 

Zlie Pourtois

Pour Zélie Pourtois, la rencontre avec « La scène aux ados » a agi comme un « accélérateur ». Plutôt timide au départ, la jeune fille s’est découvert une passion pour le jeu, à travers les mots de François Salmon et d’Isabelle Dekaise.

 

 

"La scène aux ados" est une collection de textes dramatiques aux contenus et aux formats spécifiques mais aussi une opération qui accompagne, tous les deux ans, les groupes de jeunes dans leurs projets de mise en scène de ces textes (aides d'artistes, work-in-progress, festivals...).

 

Pour en savoir plus sur les textes...

Les textes labelisés "La scène aux ados" sont des outils qui répondent aux besoins et spécificités des ateliers-théâtre : ils doivent être jouables par une douzaine de jeunes comédiens, être ouverts pour permettre des mises en scènes variées et singulières, être suffisamment courts que pour être interprétés en une demi-heure. A cela s'ajoute aussi bien sûr des critères de qualité artistique et littéraire.

Pendant plusieurs années, Promotion Théâtre/IThAC, le CED-WB, Emile&Cie/Lansman Editeur et la SACD ont débusqué ces textes atypiques en fonctionnant par appel aux auteurs. Les organisateurs recevaient en général plus de 80 pièces et en éditaient une douzaine. Depuis l'édition des volumes 13 et 14, la formule a changé : au lieu de primer des textes aboutis, les organisateurs ont choisi de sélectionner des auteurs sur base d'un projet puis de les accompagner tout au long de leur processus d'écriture, jusqu'à la publication au sein de la collection. Les auteurs sélectionnés sont ainsi accompagnés durant plusieurs mois par Régis Duqué (auteur, journaliste, enseignant) et Vincent Romain (coordinateur du Centre des Ecritures Dramatiques W-B) ainsi que par l'équipe d'IThAC et de Lansman Editeur. Quelques mois après la publication, les auteurs découvrent enfin leurs textes mis en scène et joués par des dizaines de groupes d'adolescents !

 

Les 8 auteurs du volume 15 de la collection

Muriel Cocquet, Isabelle Dekaise, Caroline Logiou, Luc Malghem, Stéphanie Mangez, Sarah Pèpe, François Salmon et Thierry Simon

Parklands de Muriel Cocquet

Après avoir perdu dix-sept camarades morts de maladies rares, la jeunesse d'une ville ultra-polluée se mobilise pour comprendre les causes de la pollution et pour combattre. Dans cette lutte commune, il y a des conflits, des amours, du courage et beaucoup d'espoir.

Vortex d'Isabelle Dekaise

Dans un futur plus ou moins proche l'hémisphère nord est plongé dans une nouvelle ère glaciaire. Une partie de la population s'est réfugiée sous la terre afin d'échapper aux intempéries extrêmes. D'autres ont décidé de vivre selon les principes de Nuna, notre mère la terre.

Les bras engourdis de Caroline Logiou

Une femme, seule, erre à la recherche d'un arrêt de bus qui ravivera ses souvenirs enfouis. Les divers personnes qu'elle y rencontre évoquent, tantôt avec tendresse, tantôt avec violence, le sentiment commun de honte et l'extrême difficulté à s'en délivrer.

L'Odyssée, suite et fin de Luc Malghem

Voir L'Odyssée dans un centre fermé pour mineurs en attente d'expulsion, tel est le cadeau cynique qu'un ministre veut s'offrir le jour de son anniversaire. Mais le théâtre, c'est la liberté et les participants vont se permettre de réécrire l'histoire à leur manière.

Enjeu de Stéphanie Mangez

A travers cette pièce dont émanent des odeurs de vestiaires et où se croisent des grands champions (parfois déchus) et des sportifs amateurs, on découvre l'envers du décor et les similitudes avec le monde du théâtre : les contraintes, les rituels, et l'impérieuse primauté du jeu collectif.

Logo(s) de Sarah Pèpe

Une école, au bord du gouffre financier, accepte la présence d'une entreprise commerciale en ses murs. Les jeunes se plieront-ils facilement aux diktats du Grand Entrepreneur et arboreront-ils, partout et en tous temps, l'emblème de la marque ? Sinon, comment se dé-marquer ?

Incredibile de François Salmon

Le cirque Guardami est en ville. Retranchée dans sa caravane, Nonna Rita, l'aïeule, ne vit les spectacles que par procuration. Un soir, elle explose : les prestations ne sont plus à la hauteur. Il faut se réinventer d'urgence sans quoi le cirque va mourir... si ce n'est déjà fait.

Zone de Thierry Simon

Trois nuits durant, un groupe d'adolescents se rend furtivement devant une zone interdite au coeur d'une forêt de bouleaux. Les projecteurs guettent les intrus. Et non loin hurlent les loups. Que se passe-t-il à l'intérieur de la Zone ? Tous veulent le découvrir et braver le danger.

 

Les 6 auteurs du volume 16

Actuellement, Céline De Bo, Aliénor Debrocq, Stéphane Hervé, Céline Lefèbvre, Didier Poiteaux et François Salmon sont les 6 auteurs en plein parcours d'écriture ! Leurs textes paraîtront en juin 2021 :)

Début septembre, lors de leur résidence d'écriture à La Marlagne, elles et ils ont répondu à Laurent Ancion, qui leur posait LA grande question : 

"Qu'est-ce qu'écrire pour la jeunesse ?" 

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 Photo Giuseppe Lonobile

Certaines questions existent avant tout pour la joie d’être posées. Qu’est-ce qu’écrire pour la jeunesse ? Il y a bien sûr mille et une réponses à cette interrogation – et ces réponses prennent souvent la forme de questions supplémentaires.

Par Laurent Ancion

Un.e auteur.e doit-il.elle être conditionné.e par ses lecteurs ? Tout sujet peut-il intéresser de jeunes oreilles ? Questions superflues ? Pas du tout. Mettez-vous un instant à la place, disons, d’un.e des 6 auteur.e.s en intense résidence à la Marlagne, en ce début septembre 2020, pour le lancement de la phase d’écriture de la prochaine Scène aux ados. Vous verrez combien ces questions vous taraudent autant qu’eux.

Comme son nom l’indique, La scène aux ados vise à l’écriture de textes qui permettront ensuite à des adolescents de se frotter au théâtre par la pratique. C’est la 9e fournée d’un projet qui a largement fait ses preuves – festivals hyper dynamiques, éditions chez Lansman et, surtout peut-être, un lien sans cesse réactivé entre jeunesse et théâtre professionnel. C’est bien ce lien qui met en ébullition la réflexion des 6 auteurs associés cette année, réunis pour une résidence à La Marlagne. Le but : mettre en commun les premières idées de leurs (futur) textes et cogiter ensemble, sous la conduite de Vincent Romain et Régis Duqué.

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De gauche à droite : Stéphane Hervé, Didier Poiteaux, Céline De Bo, Aliénor Debrocq, Céline Lefèbvre et François Salmon

L’équipée est jolie, dans les grands couloirs de La Marlagne, et les mines très concentrées quand on les rencontre, chacun à leur tour, pour leur soumettre « la » question : est-ce qu’écrire pour être lus et joués par des adolescents conditionne leur imaginaire, un peu, passionnément, à la folie, pas du tout ?

Céline De Bo :
« J’anime beaucoup d’ateliers théâtre avec les adolescents et je dois dire l’essentiel : je rigole beaucoup ! Je suis très touchée par eux. Et ce sont eux qui m’inspirent pour l’écriture. Tous les personnages de mes textes pour adolescents sont inspirés par des jeunes gens que j’ai vraiment observés. Quand j’écris, je les vois. Cet élan venu du réel nourrit mon écriture et mon plaisir. Je n’arrive pas à écrire sans lien. C’est pour cela aussi que j’aime tant le voyage : c’est aller à la rencontre des autres et de soi-même, pour ensuite y puiser l’encre de l’inspiration. Lors des ateliers, je n’observe pas consciemment les ados en me disant que cela servira l’écriture. Mais ils me touchent tant que j’en garde l’empreinte. Je les trouve incroyablement énergiques, plein de révoltes, de questions. Je me demande parfois où s’est envolée cette énergie, chez nous, les adultes. Nous sommes comme écrasés par quelque chose. J’ai envie de puiser dans cette vitalité, de la relayer, même si les adolescents sont assez forts pour s’exprimer – et écrire ! – par eux-mêmes et n’ont nul besoin d’une ambassadrice. »

Didier Poiteaux :
« Est-ce qu’écrire pour les ados influence mon imaginaire ? D’une certaine façon, la question est presque paradoxale. J’ai écrit et mis en scène deux textes théâtraux pour un public d’adolescents, et tous les deux abordaient justement des questions sociétales qui peuvent sembler loin d’eux a priori – la prison, puis l’alcoolisme. Tout indique qu’ils ont été puissamment touchés. Il ne s’agit pas de leur présenter des comédiens qui jouent les ados, c’est tout simplement moi, en scène, qui m’assume en tant qu’adulte, et leur partage un texte basé sur une recherche quasiment documentaire. Le paradoxe tient en ceci : les sujets estimés « adultes » font parfois de puissants sujets jeunesse… En même temps (et c’est une autre dimension du paradoxe), j’avais très fort en tête le public d’adolescents qui allait voir le spectacle, et j’ai fait certains choix, comme enlever des scènes qui me semblaient vraiment ne concerner que les adultes. Ici, comme les textes sont destinés à être joués par des ados, j’ai envie de me concentrer sur deux choses essentielles. D’abord, le plaisir de jeu. Je veux privilégier la joie ludique d’incarner des personnages, dans un monde où tout est possible. Ensuite, je veux livrer un matériau destiné à être recréé, mis à toutes les sauces, pas une pièce figée dans l’airain. La joie de la fiction. Ça me changera aussi ! Le théâtre est un incroyable espace de liberté pour parler de ce qui nous emprisonne – encore un merveilleux paradoxe. »

Céline Lefèbvre :
« J’ai avant tout une grande envie de jouer avec ces ados qui sont face à moi. En tant que prof, je développe en permanence ce jeu avec eux. Je leur tends des perches ou des défis et j’aime voir comment ils réagissent. Je démarre l’écriture avec toute cette relation dynamique en tête ! Je veux écrire sans préjugés, parce que leurs réactions sont toujours étonnantes. Sur certains sujets, qu’on penserait très éloignés d’eux, ils ont parfois un point de vue plus mûr que les adultes, une capacité très impressionnante de sagesse et de recul. Par exemple, en classe, le groupe est assez souvent confronté à la grossesse d’une élève – je dirais une à deux fois par an. Le soutien des autres jeunes est impressionnant, ils craignent pour elle, réagissent de façon très concentrée et consciente. En écrivant, je pense à cette maturité, souvent masquée par leur apparence de gamins. Il faut aller vers eux, vers ce qui les concerne, un peu, mais pas trop, sinon tu anticipes trop. J’ai envie de me positionner comme un être humain face à d’autres êtres humains, tout simplement. Et de créer suffisamment de ruptures dynamiques dans l’écriture pour laisser place à leur dynamisme – car ils en ont, très loin de l’aspect amorphe qui leur colle aux semelles ! »

Stéphane Hervé :
« C’est la première fois que j’écris un texte spécifiquement pour les adolescents et j’entame l’écriture avec une foule de questions en tête. En tant qu’auteur adulte, comment être sûr que mes choix seront justes et permettront aux jeunes de s’identifier ? Quels personnages choisir ? Quelle langue utiliser ? Une récente expérience me rassure un peu : j’ai écrit « Has been », le monologue d’un gars qui se revoit quand il avait 15 ans, dans les années 80. Un texte que je destine a priori aux adultes. Il y a peu, je l’ai joué devant une salle d’ados et je dois bien dire qu’en y allant, je ne faisais pas le malin… Je me demandais vraiment comment ils allaient réagir. Je ne m’inquiétais pas vraiment de l’écriture – il y a un peu de verlan, et une langue assez directe – mais est-ce que le contexte allait leur parler ? La réponse : oui ! Et ouf. Ça les a fait marrer. Je crois que l’énergie des ados, je peux encore la comprendre. J’ai un peu l’impression d’en être resté un moi-même ! Mais comment ne pas tomber dans un « faux parler » ado ? Même si la sémantique et le langage restent la base de toute écriture, la vérité est ailleurs évidemment, dans le sujet et l’énergie que le texte propose. Je me réjouis d’explorer ces libertés nouvelles et le goût du jeu qui caractérise le projet. »

Aliénor Debrocq :
« Un enfant n’est pas l’autre. Écrire pour les adolescents, c’est un travail d’équilibriste. Parfois, on évalue mal la pertinence d’un sujet, et cela me pose évidemment beaucoup de questions. Alors je teste ! J’ai par exemple écrit pour de tout jeunes enfants… en me basant sur les miens. Je peux expérimenter mon écriture à la maison ! Cette fois, j’ai choisi un sujet à la fois politique, historique et scientifique, et je me demande bien comment parler aux ados de choses si importantes, qui ont eu lieu il y a longtemps. Je me base sur l’histoire d’Henrietta Lacks, morte à 31 ans en 1951, d’une tumeur cancéreuse à développement très rapide. Ses cellules sont les premières à avoir pu être cultivées in vitro et ont été utilisées par les scientifiques du monde entier. Longtemps, la communauté a dissimulé qu’il s’agissait d’une afro-américaine. Comme s’il n’était pas acceptable qu’une femme noire ait permis plus de 70.000 études à travers la planète. Raconter son histoire, c’est aussi aborder le sujet du racisme. Je crois très fort à cette base d’écriture. Comment dynamiser cela ? Est-ce que ça va emballer des jeunes de 15 ans ? Le destin d’Henrietta Lacks permet d’aborder 100 ans d’histoire aux USA – elle était née en 1920. Je me réjouis d’aborder cela avec mes collègues ! »

François Salmon :
« En théâtre, je n’ai écrit que pour des adolescents. Mes textes de fiction, comme les romans destinés aux adultes, ne font en effet pas appel à la même plume. Pourquoi ? Je pense que c’est une question de visualisation : des ados, j’en vois une masse, tous les jours, en tant qu’enseignant et en tant qu’animateur d’un atelier théâtre ! C’est comme ça que j’ai commencé à écrire : au départ, j’ai des gens devant moi, une trentaine, avec aussi une quinzaine de profs. Il était plus simple de me mettre à l’écriture que de trouver une pièce pour 45 personnages ! Les 3 premiers textes que j’ai écrits pour La scène aux ados s’appuyaient tous sur un sujet qui me semblait pouvoir toucher les jeunes : la question de la « beauté » dans une société mercantile, le harcèlement et les migrations. Je ne suis ni philosophe ni sociologue, je n’ai pas de crédibilité pour écrire sur une question sociétale : c’est bien sûr par l’invention de personnages que je suis passé. Et à force de voir ces textes joués, dans des versions si différentes, j’ai pris goût à cet aspect ludique. Cette fois, c’est moins le « message » qui m’intéresse que la capacité du texte à rester ouvert, « jouant » et surprenant ! Plutôt que de parler des drogues ou de la pilule, j’ai envie de penser au plaisir de jouer ! Pour le grand plaisir aussi d’être surpris par l’incarnation, à la fin du processus ! »

Pour découvrir les textes des années précédentes : voir notre rubrique Ressources/Pièces à jouer.   

 

Pour en savoir plus sur l'opération...

Vers la page Facebook de l'opération

Vidéo de présentation de l'opération "La scène aux ados"  

http://www.dailymotion.com/video/xxnr3a_la-scene-aux-ados_creation

Vidéo de présentation du work-in-progress de "La scène aux ados"

http://www.dailymotion.com/video/xxnoar_la-scene-aux-ados-le-work-in-progress_

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 La bande son du spectacle créé par l'école Sainte-Marie :

 

 

 

 Le "son" à portée des jeunes pour une "scène aux ados 8" contre vents et marées !

 

 

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À défaut de grande salle et de public en fête, c’est par la fiction radiophonique que les élèves de l’École Decroly font la nique au Covid et la fête au théâtre, à Uccle. Dans les allées du bois de la Cambre ou même dans la citerne de l’école, ils et elles enregistrent et montent leur version des textes du dernier recueil de « La Scène aux ados », orchestrée par IThAC. « Face au micro, j’ai parfois plus le trac que sur scène », rigole Milla, en 5e année option théâtre. « Tout ton personnage doit passer par la voix. » Pour les aider à traverser le mur du son, l’autrice et metteure en scène Layla Nabulsi et le réalisateur radio Gregor Beck redoublent d’imagination et de bons tuyaux. Bas les masques : ici, on donne tout ce qu’on a dans les poumons !

Il n’est pas 8 heures du matin, et c’est déjà l’effervescence. Aujourd’hui, « La Scène aux ados » débarque à l’École Decroly : dans la salle d’informatique, Gregor Beck met la dernière main aux équipements de montage dont il a équipé les ordinateurs. Dans le réfectoire, Layla Nabulsi revoit les notes de la dernière séance. « On travaille avec quatre groupes, par demi-classe, et chaque groupe travaille sur une pièce différente », explique Gregor, entre deux réglages. « On n’a pas une minute à perdre. Ce matin, les élèves n’ont que deux fois 50 minutes de cours ! ».

Gregor, créateur sonore, et Layla, ici metteure en scène et directrice d’acteurs, portent ensemble un volet de l’opération « Scènes aux ados », ce projet d’IThAC qui permet à des élèves de jouer des textes écrits spécialement pour eux par une dizaine d’auteurs et d’autrices. D’habitude – dans des conditions sanitaires normales –, « La Scène aux ados » se joue évidemment sur scène, à travers des festivals organisés à travers toute la Fédération. Mais voilà, en 2021, il a fallu totalement réinventer le projet. IThAC a proposé de transformer les spectacles en une multitude de possibilités : création radio, bande-annonce vidéo, écriture, affiche, ateliers avec les artistes, rencontre avec l'autrice ou l'auteur...

Une éclaircie dans la grisaille

L’École Decroly n’a pas hésité : ni une ni deux, elle a décidé de passer le mur du son. Pour les enseignantes de l’option théâtre, l’opportunité était comme une petite fenêtre de tir qu’il ne fallait pas rater. « Au début de l’année, on a vécu une petite éclaircie », nous explique Isabelle Fauconnier, professeure de français en 5e, qui travaille en tandem avec sa collègue Anabelle Harckman, en 6e. « On a pu explorer les rencontres en groupe et l’approche physique. Mais depuis octobre, la marge de manœuvre est étroite. On a voulu trouver l’énergie de se réinventer. Le travail sonore permet d’être dans d’autres types de compétences. Si l’approche est plus statique, on arrive à garder une dynamique dans l’imaginaire et à donner du sens à nos ateliers. »

Quand sonne la cloche du début des cours, toute une nuée d’élèves concentrés vient lui donner raison. Des bancs de montage aux allées du bois de la Cambre, du réfectoire à une citerne où le son résonne génialement, tous les visages (malgré le masque) apparaissent comme réfléchis, et toutes les étapes de la réalisation sont efficaces. Dans le réfectoire, on travaille le jeu : « Attention à tes fins de phrases. Quand on parle, le point final ne s’entend pas », encourage Layla. Une nouvelle prise, un peu nerveuse, et un nouveau conseil : « Mettez des temps, vivez ce que vous dites. » Un déclic magique : la scène trouve sa fluidité. Bouton stop : c’est dans la boîte !

Trouver sa voix

Pour les élèves, l’expérience semble mettre un peu de couleurs dans un horizon que le Covid a rendu bien gris. « C’est difficile de l’oublier, ce Covid, même dans des cours aussi libres que le théâtre », observe Iciar. « Si tu veux suivre les règles sanitaires, un travail sur le son est à peu près la seule chose que l’on peut faire. C’est déjà vraiment mieux que rien ! ».

Le son, c’est évidemment la voix : le c(h)œur du théâtre, art de la parole. « Bien sûr, je préfèrerais faire du théâtre, mais le travail du son n’en est pas très éloigné », confirme Léna. « On retrouve même un lien avec le jeu cinéma et le doublage. Au théâtre, le jeu est toujours un peu ‘exagéré’, pour atteindre le fond de la salle. Ici, on doit jouer plus en retenue. C’est un bon apprentissage. » Suzanne complète : « Par la voix, on est évidemment très proche de l’art théâtral. Le défi, ici, c’est d’arriver à se concentrer immédiatement, d’être dans la peau du personnage en un instant. On peut être tenté d’être plus dans le mental, mais il faut continuer à vivre le rôle dans son corps. »

En moins de deux heures, les différents groupes abattent un travail de titans. Mais cette belle énergie ne doit pas masquer (c’est le cas de le dire) la fatigue des troupes. « La situation sanitaire rend ton énergie très variable. À certains moments, tu as des pics positifs. Et à d’autres, tu es fatigué sans rien faire, tu as juste envie de faire l’autruche et d’attendre que ça passe », confie Alexandre. « On n’a plus l’occasion de se défouler, de faire du sport, de voir les amis », enchaîne Selma, « on prend tout sur nous. Alors les trucs qui nous énervent nous semblent encore plus lourds ! Tu trouves l’énergie, mais ce n’est pas évident. »

L’art, ça les aide ? « La musique, ça me soutient, 24h/24 ! », s’exclame Alexandre. « Une chose qui me manque, ce sont les sorties », enchaîne Milla. « On ne va plus voir de spectacles, alors qu’aimer le théâtre, c’est aussi aimer en voir. C’est hyper frustrant. » Mais à tous les étages de l’école, tous s’emploient à dire combien les ateliers artistiques leur font du bien. « C’est top de pouvoir sentir le frisson du théâtre », sourit Milla. « Face au micro, j’ai parfois plus le trac que sur scène ! Ici, il faut tout faire passer par un seul canal. »

La cloche sonne. Bouton stop. Direction le cours de géo !

 

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"La scène aux ados" est une collection de textes dramatiques aux contenus et aux formats spécifiques mais aussi une opération qui accompagne, tous les deux ans, les groupes de jeunes dans leurs projets de mise en scène de ces textes (aides d'artistes, work-in-progress, festivals...). 

 

 

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