1. L’alliance culture-école : on en parle ou on la fait ?

On n’a jamais autant PARLE de l’alliance culture-école. Notre association la pratique sur le terrain : créée fin des années 70, dirigée durant 27 ans par Emile Lansman, présidée par Pierre Dupont, député provincial, jusqu’à son décès, elle se nomme IThAC (Initiatives-Théâtre-Ados-Créations) depuis peu de temps, après s’être longtemps appelée Promotion Théâtre. Nous manquons de visibilité, c’est certain, mais les moyens dont nous disposions (166.408 euros de subvention annuelle, sous le régime d’avenants depuis 8 ans) ont été employés prioritairement à organiser et assurer les activités théâtrales avec et par les jeunes. Notre demande de contrat-programme est aujourd’hui rejetée purement et simplement, sans proposition de solution alternative, avec une mesure d’accompagnement - « sous réserve des crédits budgétaires disponibles » - de 83.205 euros, ce qui ne permet même pas d’honorer les préavis des 3 membres de l’équipe. Bien loin du plan social qui accompagne les fermetures d’entreprises !

 

2. Il est clair que notre spécificité est d’être les champions de l’entre-deux

Mouvement théâtre-éducation, nous travaillons sur les deux frontières !
A l’intersection du théâtre et de la culture avec le monde scolaire (élèves et professeurs), nous engageons des artistes (comédiens, auteurs,…) pour des interventions d’accompagnement de groupes de jeunes (scolaires ou pas d’ailleurs) en création, nous développons des partenariats avec des théâtres, des centres culturels,…
La cellule culture-enseignement ne nous a soutenus que très faiblement cette année (4000 euros), ne nous reconnaissant plus le statut de partenaire privilégié. Et maintenant la culture nous coupe les vivres.
D’autre part, nous nous adressons essentiellement aux adolescents, par le biais de leurs enseignants ou animateurs. Visant – et touchant – les ados, développant des projets spécialement appropriés à leur âge, inédits et sans cesse renouvelés en regard des réalités de terrain. Nous sommes traités comme eux : ni adultes, ni enfants. Inclassables. In-supportables ?
Y a-t-il vraiment trop d’associations qui s’occupent des adolescents, de les initier et sensibiliser au théâtre (en voir, en jouer, en écrire, en lire), de leur permettre de se découvrir, s’épanouir, s’éclater dans une démarche collective de création artistique où l’on est aussi confronté à l’exigence et à la rigueur ? N’est-ce pas justement là qu’il faudrait au contraire investir massivement et de façon durable et efficace ?
Cette situation d’entre-deux permet aux autorités et aux instances d’avis respectives (théâtre adultes et théâtre jeune public) de nous classer hors de leur territoire, méconnaissant la pertinence de notre action, et à la ministre de leur emboîter le pas.

 

3. Deux ministres nous ont tenu des propos rassurants et encourageants

Inquiets devant les menaces antérieures consécutives aux positions du Conseil de l’art dramatique, nous avons obtenu une rencontre avec les deux dernières ministres de la culture. Leurs propos rassurants -verba volant- nous ont encouragés à poursuivre et développer notre action, confiants dans l’avenir.
Le 28 novembre 2015, Joëlle Milquet, admettant que nous n’étions « pas à notre place » en étant soumis aux avis du Conseil de l’art dramatique, estimait que nous serions mieux situés comme opérateur dans une coupole culture-enseignement, suggérait que nous changions de nom, nous demandait de proposer des missions pour un nouveau contrat-programme à partir de 2017 ainsi que des initiatives pour effacer la diminution de notre subvention (8000 euros).
Une réunion ultérieure était prévue, qui n’eut jamais lieu. Et nous n’avons reçu aucune réponse aux propositions faites pour répondre à ses demandes.
Le 19 avril 2017, nous rencontrions Alda Gréoli. Dans un contexte chaleureux, elle nous affirmait notamment que nos objectifs entraient tout à fait dans la ligne de l’alliance culture-école, l’une de ses priorités politiques, poursuivie conjointement par Marie-Martine Schyns. Elle ajoutait que le conseil d’administration d’IThAC avait « bien fait de ne pas donner les préavis ».
Et nous voilà donc aujourd’hui rayés de la liste.
Nous n’avons pas coutume, à IThAC, de pousser un coup de gueule, ni d’étaler nos sentiments, mais nous ne pouvons décemment cacher notre colère. Ce qui se joue ici dépasse le cadre même de notre association et de sa situation budgétaire. Dans une société où la jeunesse a besoin plus que jamais d’être entendue et d’aiguiser sa réflexion, nous ne pouvons passer sous silence ce choix (ou non choix ?) idéologique au niveau et du politique et des instances d’avis.


Sophie Hubert, coordinatrice
Louisa Talbi, animatrice
Giuseppe Lonobile, chargé de projets
Jacques Bury, président du CA

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